LE METIER D’AUXILIAIRE DE PUERICULTURE ACCESSIBLE PAR LA VAE
La loi de modernisation sociale qui met en place la validation des acquis de l’expérience (VAE) va être appliquée aux professionnels de santé. Les métiers d’aide soignante et d’auxiliaire de puériculture sont les premiers concernés.
Cette VAE tant attendue reconnaît enfin les compétences acquises par le biais d’une scolarité et par les expériences de la vie.
Cette démarche exige de repréciser les activités et les compétences d’une profession. L’effet pervers serait d’en profiter pour uniformiser les exercices professionnels, rendre les personnels interchangeables et niveler les exigences vers le bas.
Rappelons que les aides soignantes et les auxiliaires de puériculture ne font pas le même travail même si certaines compétences se recoupent.
Les unes s’adressent aux enfants et à leur famille, les autres aux adultes et aux personnes âgées.
Quel est le contexte ?
La politique de la petite enfance, de l’enfance et de l’adolescence est un des volets de la politique familiale. La place qui leur est accordée aujourd’hui au sein de notre société est directement liée à l’évolution de la famille, du travail des femmes, à l’évolution des connaissances en médecine et en sciences humaines, mais aussi à la prise de conscience que ce qui est investi au début de la vie et durant les premières années est un investissement à long terme.
Tous les travaux de recherche autour de l’enfant démontrent combien l’attention portée à sa personne contribue à son développement physique et psychique et le conduit à devenir un adulte en bonne santé, autonome, responsable, capable de vivre avec les autres.
On connaît les conditions qui facilitent et accompagnent les premières années de la vie et qui donnent les meilleures chances à l’enfant de se construire de façon suffisamment harmonieuse.
La médecine et des sciences humaines démontrent l’importance de ce qui se passe dans la petite enfance.
L’accès à la culture dès le plus jeune âge, soutenir l’imaginaire, la créativité, diversifier les intérêts est également reconnu comme vecteur de développement et de lutte contre les échecs scolaires.
De nombreux exemples montrent que la seule vraie prévention avant que n’apparaissent les premiers signes de mal-être physique et psychique se situe au début de la vie et dans les premières années, même si le concept de résilience a nuancé ces propos et a apporté un nouvel espoir.
Malheureusement les Politiques ne réagissent aux problématiques de l’enfant et de la jeunesse que lorsqu’il y a des signes de perturbations majeurs : les troubles sensoriels et psychiques, l’échec scolaire, les pathologies invalidantes et chroniques, l’obésité, les comportements déviants, les tentatives de suicide, les incivilités, la violence...
Dans cette politique familiale l’auxiliaire de puériculture occupe une place centrale auprès de l’enfant : en pédiatrie, en maternité, en maisons d’enfants, en établissements et structures d’accueil de l’enfant de moins de 6 ans …. Avec d’autres professionnels de la petite enfance, elle contribue à garantir des réponses de qualité aux différentes situations concernant l’enfant et à soutenir les parents dans leur rôle éducateur.
Aimer les enfants ne suffit pas ; il s’agit d’un métier, d’une professionnalisation de l’accueil et des réponses à apporter. Ces compétences se sont adaptées progressivement aux nouvelles connaissances de la médecine et des sciences humaines.
Entre l’auxiliaire de puériculture et l’enfant s’installe une fine connaissance mutuelle qui permet le développement d’une communication verbale et non verbale, à travers laquelle l’enfant s’exprime, se sent reconnu et instaure ou maintient ses capacités relationnelles. Cette relation privilégiée, différente de sa relation avec les parents, mais complémentaire, va apporter à l’enfant des repères, une sécurité affective et physique et l’encourager à grandir.
Dans les établissements et services de la petite enfance , cette responsabilité est d’autant plus importante qu’elle concerne souvent l’accueil quotidien d’un enfant pendant les deux, trois premières années de sa vie.
Dans les structures de soins, l’auxiliaire de puériculture a, là aussi, une place centrale. A l’enfant porteur d’une déficience ou hospitalisé, elle apporte sécurité et affection, dispense les soins quotidiens, lui offre l’occasion de jeux, participe à son éveil, afin de lui préserver son statut d’enfant.
Affirmer que ce travail peut se faire sans compétences spécifiques, c’est nier 25 années de progrès. Mettre l’accent principalement sur l’hygiène, l’entretien des matériels et des locaux, la manutention…c’est revenir à une conception hygiéniste de la prise en soin des enfants et les mettre en danger.
Certes la conjoncture hospitalière est difficile, mais il ne faut pas pour autant profiter de la mise en place de la VAE pour uniformiser et vouloir à tout prix la polyvalence et ainsi nier l’originalité professionnelle des auxiliaires de puériculture.
Nicole DREYER MULLER
Directrice Institut Régional de Formation en Puériculture
des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
Mai 2005